30 années de CNDC : images et documents

Le CNDC s’est lancé en 2010 dans un vaste chantier de numérisation de son fonds d’archives, dans le cadre du plan national de numérisation du Ministère de la Culture et de la Communication.

 

 

[Passerelle (création de la compagnie du CNDC, 1979) - plus ancienne vidéo numérisée]

 

 

À ce  jour, près de 600 documents du CNDC ont été numérisés ou sont en voie de l’être. Outre les photographies, affiches, feuilles de salle, plus de 300 sont des documents vidéographiques.

Une première période allant de la  direction d’Alwin Nikolais à celle de Nadia Croquet (1978-1992) a été  numérisée en 2010. Une seconde phase de numérisation, couvrant les directions de Joëlle Bouvier et Régis Obadia et celle d’Emmanuelle Huynh, aura lieu en 2011. Ce projet nécessite le travail de toute une  équipe, chargées de mission numérisation, de la gestion des droits, historiens, pédagogues, mais également la participation de toutes celles et tous ceux qui, de près ou de loin, ont été sollicités pour reconstituer ce patrimoine chorégraphique : nous les remercions  chaleureusement.

 

Les notices des documents présentés sur ce site ont été rédigées par Gérard Mayen, journaliste et historien de la danse.


Si malgré toutes nos recherches, vous remarquiez une erreur ou constatiez un oubli dans les informations relatives aux différents documents mis en ligne, nous vous remercions de bien vouloir nous le signaler.


Ce site sera régulièrement alimenté et réactualisé en fonction de l'avancée du projet : tenez-vous au courant ! Laissez-nous votre adresse email et vous serez informés des dernières nouveautés !

 

 

LE FONDS DOCUMENTAIRE NUMÉRISÉ :


Le Centre national de danse contemporaine d’Angers ouvre ses portes le 11 octobre 1978. Il est pionnier : il est alors la seule école nationale supérieure – directement impulsée par l’État – à être exclusivement vouée à la danse contemporaine.

Six directions s’y sont succédé depuis lors. Chacun de ces changements s’est traduit par une réorientation nette de son projet d’établissement. D’où l’exceptionnelle diversité et richesse du fonds documentaire que ses archives recèlent aujourd’hui – à commencer par son fonds vidéographique, désormais sauvegardé, numérisé, et présenté ici à l’écran, au côté des affiches, photographies, feuilles de salle et bulletins.

Ce fonds documentaire s’abreuve à trois sources principales :

  • D’une part, on y retrouve les pièces de ses directeurs lorsque ceux-ci ont exercé leur propre activité artistique en son sein : c’est la cas pour Viola Farber (1891-1983), Joëlle Bouvier et Régis Obadia (1993-2003), Emmanuelle Huynh (à partir de 2004).
  • D’autre part, on y retrouve aussi de nombreuses pièces qui y furent produites et créées par des artistes accueillis en résidences de création, après que cette activité, alors pionnière, y ait été lancée, sous la direction de Michel Reilhac (1984-1987) ; de très riches heures de la danse contemporaine française et internationale s’inscrivent dans les studios du CNDC.
  • Enfin, plus discrets, de nombreux documents ont trait à la vie de l’École proprement dite : ils sont très précieux en termes d’histoire des corps, des techniques et de la pédagogie. Mais cela non sans résonance artistique : il peut s’agir de pièces rares, conçues spécialement pour les étudiants par des chorégraphes néanmoins en renom. On y repère aussi des artistes encore étudiants, avant que la vie professionnelle les fasse sortir de l’anonymat.

BREF HISTORIQUE

Alwin Nikolais est le premier directeur du CNDC d’Angers, de 1978 à 1981. Célèbre chorégraphe américain, on en attend qu’il dote les jeunes danseurs français d’outils techniques qui sont censés leur faire défaut pour qu’ils affirment leur propos chorégraphique et raffermissent leur professionnalisation. La danse moderne américaine, avec ses maîtres de l’abstraction, est alors perçue comme le modèle international pour l’avancée de l’art chorégraphique. Une compagnie sera formée à l’issue de la première année de stage. Mais avant toute chose, c’est bien la validité de sa pédagogie que le maître américain est venue tester au contact d’un contexte culturel autre, après que ses grandes interprètes Susan Buirge et Carolyn Carlson l’aient précédé en France, avec un écho considérable. Les documents aujourd’hui existants valorisent cet apport pédagogique, souvent mésestimé. Les artistes français qui en profitent vanteront à tout jamais la boîte à outils conceptuels que Nikolais leur aura transmis. Axés sur une lecture intériorisée de fondamentaux du mouvement dansé, ces outils leur auront permis de clarifier l’énonciation de leurs propres projets d’artistes chorégraphiques.


Viola Farber succède à Alwin Nikolais de 1981 à 1983. Tout aussi New-Yorkaise, ancienne interprète brillante de Merce Cunningham, son projet est radicalement distinct, puisqu’elle fait le choix d’installer sa compagnie en France. Elle y élabore un nouveau répertoire original, empreint du lyrisme de sa passion pour la musique. Les documents existants aujourd’hui permettent de découvrir ce segment original de son œuvre. Viola Farber répond activement aux attentes angevines pour que son implantation soit visible, au risque de s’épuiser à la tâche. L’activité de l’école du CNDC se poursuit. Viola Farber et ses assistants y diffusent ses acquis pétris de cunninghamisme, lequel connaît alors sa grande vague d’engouement dans l’Hexagone : rigueur de placement, travail corporel parfois proche de la danse classique, et modélisation d’amples projections.


Michel Reilhac imprime une réorientation radicale à l’établissement entre 1984-1988. Quoique passionné de danse, il n’est pas un artiste. Quoique ses références esthétiques demeurent très américaines, il réussit l’insertion du CNDC au cœur et aux avant-postes du mouvement de la Nouvelle danse française, qui bat alors son plein, sous le ministère Lang. Cela en mettant en place une politique de coproduction et d’accueil en résidences de création de longue durée au CNDC d’Angers, dont les productions sont orchestrées de façon événementielle. Michel Reilhac crée pour cela l’équipement de studios et d’hébergement dit de Bodinier. Les compagnies émergentes françaises y sont abritées en grand nombre quand, l’été venu, les lieux sont désertés par les étudiants. Les documents aujourd’hui existants témoignent de cette vitalité. Les étudiants reçoivent un enseignement en deux ans, d’abord voué à l’acquisition de bases techniques de filiations diverses, puis à la production et la tournée de pièces de format préprofessionnel, confiées à des chorégraphes invités, les plus souvent rattachés au mouvement de danse qui anime l’Hexagone. S’élabore alors le modèle – peu questionné – d’un danseur contemporain avant tout apte à satisfaire au maximum possible d’attentes stylistiques se bousculant sur un marché de la danse contemporaine en pleine expansion.


Nadia Croquet, de 1989 à 1991, reconduit le modèle des résidences d’artistes en création, et celui de la formation sur deux années réparties en acquisitions techniques d’abord, mises en situation d’interprétation ensuite. Elle n’est pas non plus une artiste, et provient du monde du théâtre. Au cœur de l’effervescence de ses initiatives, très diversifiées, peuvent se lire les termes d’un premier grand débat, encore souterrain, portant sur la figure, le statut et les enjeux de l’être-danseur de l’interprète contemporain en danse. Jean-Christophe Paré brièvement directeur des études, Hubert Godard explorant les voies d’analyses du mouvement dansé, Laurence Louppe produisant une exégèse de la modernité chorégraphique américaine où culmine le modèle du flux libre et des release techniques de Trisha Brown, esquissent une pensée et une pratique critique du modèle du danseur ultra-performant dans sa virtuosité et sa disponibilité absolues.


Joëlle Bouvier et Régis Obadia marquent, de 1993 à 2003, le grand retour des artistes à la tête de l’établissement. Ils y arrivent auréolés de l’immense succès de leurs pièces, empreintes de lyrisme gestuel et de ferveur passionnelle, teintées par l’influence active de Dominique Dupuy. Ils en ont été élèves, et  on lui doit d’avoir entretenu une modernité chorégraphique française sensible à l’apport allemand de la danse-théâtre, de l’expressionnisme, et des théorisations labaniennes de l’avant-guerre. L’école du CNDC connaît une direction pédagogique cette fois très déterminée, conduite par Marie-France Delieuvin, une autre de leurs proches. Cette période bénéficie de, et contribue au rayonnement international de la Nouvelle danse française, directement orchestré par la diplomatie d’Etat. Cela tandis que la Délégation à la danse du ministère de la Culture resserre son contrôle attentif de l’établissement, dans le sens d’une régularisation structurelle de ses fonctionnements et options esthétiques.


Emmanuelle Huynh, à partir de 2004, elle aussi artiste, est au contraire rattachée au courant de déconstruction critique de la représentation spectaculaire chorégraphique, apparu cette deuxième moitié des années 90. Tandis qu’elle poursuit la production de ses propres pièces, elle inspire un profond renouvellement du projet pédagogique du CNDC. On y prône le décloisonnement des catégories, autour d’une notion d’artiste chorégraphique qui rejète le clivage entre acquisitions techniques et investissements esthétiques, diversifiant les apports intellectuels et disciplinaires, dans le sens d’une émancipation de l’étudiant artiste en devenir. Cela s’affirme tout particulièrement dans la formation Essais, de conception intégralement nouvelle, structurée autour des projets artistiques singuliers de ses étudiants, qui ne sont pas systématiquement issus du seul champ chorégraphique.

 

Gérard Mayen