Self Interview - Aline Landreau


1self interview 09.09.2009

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Comment aimeriez vous parler de votre travail ?

Je ne sais pas encore quelle formule choisir pour moi-même. Il y a l'envie de recontextualiser et de faire partir les directions de tous les éléments extérieurs qui exercent une attraction suffisante pour que quelque chose émerge.Ça pourrait être plutôt aborder l'environnement dans lequel j'ai choisi de m'insérer.

Tu n'as pas l'impression un peu de remuer la même merde de façon systématique ? De te planquer derrière des phrases qui ne veulent plus rien dire ? C'est quoi ce merdier, explique moi ? Ça rime à quoi ? En quoi ça peut te faire avancer, si ce n'est te donner l'illusion que tu penses encore ? Est-ce que tu pourrais réfléchir à ce que t'apporterais cette self-interview ? Ne crois-tu pas que ça pourrait devenir plus riche en devenant aussi moins cul-pincé ? Tu vas me dire que je tombe toujours sur mon cul au final, et ce ne sera pas faux.

Et que diriez vous de celui-ci ? Incluez vous l'école là dedans ?

Je pourrais parler d'une sorte de constellation que je m'efforce en permanence de saisir, en me donnant (si tant est que mon influence est réelle) une place différente qui renouvelle mon angle de vue sur du même. Ce n'est qu'une sorte de longue déclinaison d'un espace par des mouvements concentriques et excentriques de focus - sur un espace qui constitue (je dirais territoire) l'ancrage de ma proposition d'être. Ce n'est pas que j'éclaire le contexte, c'est que j'en suis part et restitue une partie des éléments que je capte. C'est très passif au fond.

(encore plein de délires creux pour ne pas aborder tout ce qui fâche et tout ce qui emplit ton projet. Es tu seulement capable d'en parler ? D'en faire le récit ?
Pourquoi t'obliges-tu à suivre ce mode d'élocution qui ne te réussit pas du tout ? Ne peux tu pas être simple ? Peut-être est-ce nécessaire pour que tu te lances dans la déferlante du langage ?
Ainsi tu arrives à sentir le poids des mots ? ou leur légèreté ? Ne peux tu pas écrire moins et mieux ? N'as tu pas un complexe déplacé ? Pour qui tu parles en ce moment ? Est ce que tu t'écoutes ? Je ne crois pas.)

Par rapport à l'école, en ce sens, il s'agit pour moi de questionner depuis le départ ces histoires d'émetteurs et de récepteurs. Je finis par rejoindre la voix du canal. Chaîne brouillée, neige au départ, qui décode des ondes et produit sur une lucarne des images certainement captées dans d'autres foyers, mais peut-être pas choisies.
Je ne m'attendais pas à une métaphore télévisuelle mais c'est pour rendre ce quelque chose d'un commun flottant, dont je me sens être chambre d'écho. Du coup, il devient délicat de prôner le choix là-dedans. Je me débats avec cette problématique fataliste.
J'ai à orienter des choses avec intelligence, et je ne suis pas sûre de comprendre à temps pour être réactive aux transformations des milieux ambiants. Vis à vis de l'école par exemple, je perçois parfois de multiples enjeux, qui restent voilés quelque part, et qu'il s'agirait d'aller chercher.
(Tu vois)
Très vite je bute sur mes propres limites de compréhension.
(Peut-être que tu écris trop vite ? C'est pour ça que tu préfères l'ordinateur ? Comment font les autres ?)

Qu'est-ce qu'il y aurait à comprendre de ce que vous faîtes, de cette école, de ce contexte ?

Chaque élément mute en fonction du regard porté sur lui. Le nier est encore très pris dans mes propres auto-jugements, et tourne un peu en rond, pour réellement entendre les facettes possibles.
A cet endroit je me dis que j'ai immensément besoin (de méditation ?) du regard porté/vécu/créé par les autres sur ces différentes instances (et tu peux encore écouter les autres ?), même les miennes, pour élargir ma vision, ma pensée (et le concret ?). Que la solitude de pensée au fond ne peut que s'éteindre, fondre sur elle-même.

Est-ce que ce n'est pas aussi un choix de rapport aux choses disons qui se focalise sur la dimension rationnelle ?

(et cette question en version simplifiée donnerait quoi ?)

Il y a sans cesse une sorte de valeur refuge, presque une planque derrière le verbe. Mais de fait pour moi elle ne fonctionne pas. Elle  ne peut pas aller jusqu'au bout d'elle même. Et cette sorte de limitation devient un vertigineux précipice.

(Pourquoi tombes-tu dans l'obsession ? Et ta tête suit-elle toujours la même personne ?)

En fait je la perçois comme l'une de mes plus dangereuses tendances vis à vis de moi-même. On pourrait dire que je n'ai pas encore réussi à circonscrire les autres formes de compréhension/appréhension du monde qui nous articulent chacun de nous dans notre entièreté.
(en fait ton projet consiste à t'analyser soigneusement non ?)
En fait c'est bien sûr normal de ne pas le "pouvoir", encore faut-il faire confiance au parcellaire,
(tu ne veux plus que je te pose de questions c'est ça ?)
à l'inachevé dans sa dynamique propre.
(tu n'écris pas vraiment pour moi en tous cas)
Peut-être que cela continue à m'angoisser, à me terrifier dans ce que ça a d'évanescent. De là ma sorte de crispation qui m'assiège et me fait fuir toute forme de langage ouverte. A bas la poésie alors. Le langage devient la clé unique, .... insupportable.
Il est vrai que ma vision actuelle de cette école est en partie envahie par la "plénitude du verbe".Mon fantôme trouve là matière. Tout autant que mon immense contrepartie : la possibilité de l'envol, de l'allégement par la démultiplication, les embranchements (support structurant ?), les fuites infinies autorisées et recommandées dans d'autres matières.
(Tu me fatigues. J'ai envie de pleurer.
Tu ne réponds jamais aux questions.)


2self interview 10.09.2009

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Et est-ce que ce qui s'est passé hier vous a éclairé d'une façon ou d'une autre ?

Le rapport aux mots, oui, à la formulation. Il y a tout ce qu'on veut se raconter, et puis ce qu'on veut extérioriser, ce dont on veut faire le récit. Faire le récit, voilà une chose sur laquelle je dois travailler, que je le veuille ou non ...
Ça ne concerne pas uniquement l'usage du verbe comme là en ce moment, mais tout ce qu'on met en oeuvre pour nommer. Je veux dire cet étrange procédé qui consiste à définir, que ce soit à coup de geste ou de mots.
En même temps il y a toujours un drôle de paradoxe avec ce à quoi servirait l'art (dans ce mouvement vers l'autre, ce dire, et non ce parler) comme le définit  Barthes : il consiste à innommer le nommable . On a tendance à prendre comme une évidence l'idée de "dire l'invisible") et moi je n'y crois pas une seconde. Je ne vis pas ça.

Comment traitez vous le rapport aux autres, et la de communication ? Vous parliez hier d'environnement ? Est-ce une vision paysagée dans laquelle vous vous insérez avec les autres ?

J'en ai assez marre des questions pour être franche. Je crois bien que ce mode me paralyse systématiquement et que je suis trop polie (bien normée au fond je vous l'accorde) pour vous dire d'aller vous faire foutre. La question est cette chose qui avance avec son bagage de pré-conceptions, un gouffre terrifiant de possibles. Dans un coin de ma tête il y a un impératif qui vient de loin : ne doit-on pas satisfaire un tout petit peu celui qui montre son intérêt? (qui entre en dialogue). La pensée se pétrifie dans des considérations qui n'ont plus rien à voir avec elle. Une  sorte de dimension psychologique. Alors je rêve de dialogues sans questions. D'une adéquation de pensées. De rebonds, de sursauts, de digressions, de creux, mais pas de questions.

Ce serait comme un penser ensemble...

Oui, une activation non émotionnelle, qui permet au discours d'émerger. Seul et flamboyant (mais oui). Dégagé de l'infini vertige généré par la relation.I
l y a assez d'occasions d'être ému. Alors quand il s'agit de nommer l'émotion il faut trouver des stratégies qui réouvrent ...

C'est quelque chose qui resurgit dans votre travail, par la manière dont vous vous y prenez pour faire avancer vos projets, et dans les propositions que vous faîtes également...

Assurément pour ce qui est de ma façon de procéder. Je m'efforce vraiment de court-circuiter une partie de mes tendance normatives. Par de multiples procédés et pratiques, des petits chausses-trappes. En fait en soi je n'ai rien contre les tendances dont je parlais... elles m'informent de la façon dont fonctionne le monde que je perçois. Mais elles limitent considérablement l'émission de quelque chose parce qu'il y a prise en considération permanente des regards englobants, y compris les multiples regards que je porte moi-même. Le monde devient une globalité stabilisée que rien ne peut venir déranger. C'est aussi pourquoi disons les thématiques qui je creuse dans mon travail sont celles des déterminations et des indéterminations. Des enveloppes qui assurent la cohésion, quelle que soit leur nature (idée croyance matière perception).


3self interview 11.09.2009

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So.
Reprenons. Où en êtes vous avec votre travail ?
Où en es-tu ? Qu'es-ce que tu fais de beau ?
Est-ce qu'il y a des choses dont tu as plus envie de parler que d'autres ?

Je vais parler d'autre chose.
Parfois je m'aperçois qu'il est vain de chercher à dire. Que notre cadre, notre référentiel, notre langue maternelle, je veux dire celle qu'on porte avec ses ouvertures et ses limites, arrive au bout de quelque chose, se cogne face à tellement de dimensions de la réalité (et surtout au delà de la troisième).
Bon là c'est ça. Je ne vois plus que les mots que j'aligne toujours les mêmes. Je les recompose un peu oui mais rien ne s'invente avec ces données. Je devrais aller fouiller dans le sac de quelqu'un d'autre, piquer d'autres langues maternelles. Et surtout lâcher la mienne. Il s'agit d'un leurre que de croire qu'on doit la pérenniser. Elle n'a pas besoin de nous. et d'ailleurs ma mère n'a plus de langue alors je ne vois vraiment pas pourquoi je devrais faire vivre quelque chose qui s'est décollé de cette réalité là. Ça la rend baveuse cette langue. Elle veut exister à tout prix. Elle s'agrippe. Et moi je ne veux plus d'elle, et je n'ai pas besoin d'elle pour aller chercher d'autres mères. Il est impossible de reconstruire, d'échafauder plutôt une langue sur un tel édifice grondant, et méfiant. La mienne (ma langue) se tait, elle ne sent pas sa place. Elle ne sait pas où elle habite. Et je ne sait pas devenir une mère pour cette langue. Et je ne sait plus quoi transmettre. Et je me dissouds sans les contours qu'elle pourrait me donner cette langue propre qui me dirait que je fais partie d'une lignée de mère en mère. Qui me parlerait de succession de choix de contextes peut-être. De croissance. Là c'est un peu comme si je devais utiliser toutes les langues en même temps et qu'elles se livraient un combat incroyablement faible, à la hauteur de leur épuisement, de leur inconsistance. De très petits combats sans vainqueurs, sans grand gagnants fiers et légitimés. Tout le monde est au bord de l'effondrement. Et j'attends toujours des mots qui ne viendront pas.
Alors, si je peux parler de ce que je fais (mais pas de beau ça c'est une notion qui me fatigue). Maintenant c'est partir à la recherche de mes non-mots, tous les un-mots que je n'ai pas et qu'il va me falloir trouver si je veux échapper à ma mère. Je veux parler à d'autres et pas seulement à elle. Il me faut un vocabulaire. Et je ne peux pas me cacher derrière les langues étrangères que je ne connais pas. Alors je visite la plainte, le cri, l'aboiement. J'innome, comme je disais hier.
Il faut que je visite ce qu'il y a de sensitif juste au dessus et juste au dessous cette langue. Et j'ai l'intuition (je n'en suis qu'à cet état là) que son/image/toucher/etc (?) viennent relayer la recherche de la/ma langue.