James Carlès

Coupé-Décalé
Acte 2 – On va gâter le coin !

 

Résidence de création du 23 au 27 septembre 2013
Ouverture studio le jeudi 26 septembre 2013 à 19:00

A propos du Projet

La danse populaire apparaît comme une conduite individualisée qui permet aux interprètes de sélectionner, de reproduire ou de combiner les éléments du code de mouvements préexistant (...)
Étant un moyen de communication artistique, les signes chorégraphiques de la danse populaire n'ont pas une individualité propre dans le processus de la communication. Ils sont groupés dans des structures et des formes (à fonctionnalité interne bien précisée) suivant certains modèles établis par la tradition et déterminés par la logique de la pensée chorégraphique, constituant de cette manière les éléments expressifs capables de transmettre un message. Il va de soi que la langue chorégraphique populaire et la danse proprement dite se trouvent dans un rapport dialectique d'interdépendance, de conditionnement réciproque. Dans ce sens, on ne peut concevoir l'exécution d'une danse en dehors du processus préalable d'apprentissage ; d'autre part, la langue chorégraphique vit et s'enrichit seulement par sa pratique.

(Quelques aspects théoriques de l’analyse de la danse populaire de Vera Proca-Ciortea et d’Anca Giurchescu)

Le projet Coupé-décalé s’intéresse au regard que portent les chorégraphes contemporains sur cette pratique populaire provenant de la culture Attiée (Côte d’Ivoire) apparue à Paris au début des années 2000. Aujourd’hui la création contemporaine s’empare de nombre de pratiques populaires et les interprète pour nourrir une « nouvelle langue chorégraphique », retour éternel comme source d’inspiration.

 

Coupé-Décalé, de la danse traditionnelle au phénomène populaire esthétique et sociologique

Le nom coupé-décalé vient d’une forme de danse traditionnelle de Côte d’Ivoire : l’Akoupé du groupe ethnique Attié en Côte d’Ivoire. Dans le début des années 2000 à Paris, ce mouvement à la fois danse et musique urbaine (croisant la rumba congolaise, le hip hop, les musiques caribéennes et les chansons populaires françaises) est impulsé par la communauté noire d‘origine africaine et antillaise. Il s'agissait pour cette jeunesse désorientée et désargentée (étudiants et sans papiers) de se donner une illusion de réussite et de respectabilité en fréquentant les plus grands clubs « Black » de Paris à côté d’une population véritablement aisée et qui montre avec une certaine insolence les signes extérieurs de nouvelle « réussite » sociale. Ces soirées donnaient lieu à des compétitions de « frime » (farôter) : C’est la personne la mieux habillée, c’est-à-dire, qui portait les plus grandes marques et qui dépensait le plus d’argent qui était désigné comme étant le vainqueur. Peu à peu les individus se sont constitués en groupe et organisaient des « battles » d’un nouveau genre. On vit ainsi apparaître des groupes comme la « Jet Set » de Paris, la « Jet8 », les « Intouchables » en France, mais également à l’étranger comme les « Siciliens de Genève » en Suisse, la « Cour royale » à Londres etc… Ces groupes se livraient à de rudes « batailles » et avaient mis au point un nouveau langage, un style vestimentaire, des rituels, comme par exemple celui de distribuer d’importantes sommes d’argent au public « le travaillement ».

C’est un producteur de musique David Monsoh qui, en observant ces « jeux » très particuliers de jeunes adultes (ils avaient entre 18 et 24 ans), a eu l’idée d’en faire un grand mouvement populaire. C’est la « Jet set » de Paris qui fut choisi, le leadership fut naturellement donné à Doug Saga, car naturellement excentrique, extravagant et impertinent.

Au fil du temps, la danse se popularise sous l'impulsion d'un groupe de DJs ivoiriens tel que DJ Jacob et on nomme la danse « Décalé-coupé » puis « Coupédécalé » pour des raisons esthétiques. Douk Saga sort le premier morceau dénommé « Sagacité » en 2003. Le clip vidéo « Sagacité » promeut la danse, mais aussi les concepts qui accompagnent le coupé-décalé : « Farot farot » (faire le malin), « Boucantier » (homme qui fait parler de soi, qui fait son « Boucan »), « Travailler » (jeter des billets de banques). C'est alors que les boucantiers de la JetSet arrivent à Abidjan, les prestations et concerts se multiplient, notamment un concert géant au Palais de la culture de Treichville. Le nom des danses et des musiques est assez évocateur : crise économique (titre musique et danse : Qualité de vie/ Lâcheté), guerre en Irak (titre musique et danse : Guantanamo), épidémie (titre musique et danse : grippe Aviaire) etc. Il y a aussi des textes plus « légers » ou plus « politiques » (titre musique et danse : On ne sait pas où on va mais on y va quand même !). Un des avatars de cette esthétique est le « LOGOBI », musique et danse de bal dans sa forme la plus primaire, populaire et consensuelle (titre : Corde à sauter…).

Cette esthétique va irriguer à une vitesse remarquable la société française et africaine dans toutes ses composantes. Bien que portée de façon dominante par les jeunes issus de classes défavorisées, leurs ambitions dépassent les clivages sociaux, ethnoraciaux et nationaux. Elle fût adoptée de façon très spontanée par la jeunesse de tous les continents. La danse se pratique aussi bien par les hommes que les femmes, mais la « présence masculine » est plus importante. Les DJ parisiens ont fortement contribué au développement, ainsi qu’a la diffusion de cette danse/musique. Les danses sont improvisées et chaque « pas de base » ou « concept » sont nommés. Il y a réciprocité et coïncidence entre la danse et le concept qui la sous-tend. Cette musique /danse a plusieurs visages : satire sociale et politique, danse à forte connotation sexuelle, pur divertissement etc.

 

james Carlès James Carlès

Danseur, chorégraphe, pédagogue, chercheur (laboratoire LLA créatis université Toulouse 2 Mirail) et conférencier, James Carlès a été formé pendant de nombreuses années auprès des plus grands noms de la danse moderne internationale à New York et à Londres. En 1998, il inaugure à Toulouse le Centre international de danse qui porte son nom, et fonde la Cie James Carlès. Des défis artistiques et techniques aux rencontres révélatrices et décisives avec des acteurs de la « culture noire », James Carlès développe une approche chorégraphique singulière basée sur une nouvelle conception du temps et de l'espace à partir des matériaux provenant du vaste territoire des "danses noires". À ce jour le répertoire de la compagnie James Carlès est riche de plus d’une cinquantaine de pièces de sa propre création et d’auteurs comme Katherine Dunham, Pearl Primus, Talley Beatty, Asada Dafora, Rick Odums, Wayne Barbaste, Geraldine Armstrong, Vandetta Mathea, Walter Nicks… Il est également créateur et directeur artistique du festival Danses et Continents Noirs et est l’un des cocréateurs du réseau international de l’African Diaspora Performance Consortium.

Avec son ambitieux projet de recherche (reconstruction, conservation et restitution d’oeuvres patrimoniales) consacré aux expressions chorégraphiques issues de la diaspora africaine, James Carlès a su tisser sur le plan national comme international des partenariats solides avec des structures culturelles, pédagogiques, de recherche, des réseaux universitaires, des structures de médiation culturelle, des institutions telles que le Centre national de la danse et les tutelles. Depuis 1989, il collecte des sources liées aux expressions chorégraphiques de la diaspora africaine en occident qui lui a permis de constituer un fonds documentaire d’archives de plus de 3000 ouvrages, 4500 vidéos et films, 7000 disques et CDs, vinyles, bandes magnétiques… qui sont destinés à être mis en ligne. James Carlès est Artiste associé à l’Astrada / Jazz in Marciac.

Photo : © Stéphane Gros-Nicolaï

 

jeudi 26 septembre 2013 - 19:00
Ouverture studio - Studio de création CNDC Le Quai
Entrée libre sur réservation au 02 44 01 22 66